Organiser un exercice PCS simple : scénario, déroulé & RETEX
Par Arnaud Crozes · Publié le

Un exercice plan communal de sauvegarde est la seule façon de savoir si votre PCS tient vraiment, avant la nuit où tout bascule. Un plan qui dort dans un classeur ne sert à rien ce soir-là. Et depuis la loi du 25 novembre 2021, dite loi Matras, l'exercice n'est plus une option de bon élève : c'est une obligation à tenir régulièrement.
La bonne nouvelle ? Un exercice utile ne réclame ni semaine de préparation ni figurants maquillés. Une demi-journée bien cadrée suffit à révéler l'essentiel.
En bref : la loi Matras impose que le PCS fasse l'objet d'un exercice au moins tous les cinq ans. Un exercice sur table (une salle, les acteurs du PCS, un scénario écrit) se tient en 3 à 4 heures. Il repose sur trois temps : un scénario réaliste, un déroulé rythmé par des injections, et un retour d'expérience (RETEX) qui débouche sur des corrections datées du plan. L'objectif n'est pas de réussir, mais de trouver les failles pendant qu'il est encore temps.
L'exercice plan communal de sauvegarde est-il vraiment obligatoire ?
Oui. Depuis la loi Matras, le plan communal de sauvegarde doit faire l'objet d'exercices périodiques. Le texte prévoit une mise à l'épreuve au moins tous les cinq ans, et une mise à jour du plan au minimum à la même fréquence. L'exercice n'est donc pas un supplément : il fait partie du cycle de vie normal du PCS.
Le cadre figure dans le code de la sécurité intérieure et dans la loi n° 2021-1520 du 25 novembre 2021. Le PCS, rappelons-le, est le document qui organise la réponse communale face à un événement majeur : qui fait quoi, qui alerte qui, où accueillir la population, avec quels moyens. Un exercice sert à vérifier que cette organisation fonctionne quand on la sollicite pour de vrai. Si vous vous demandez d'abord si votre commune est concernée par le PCS lui-même, voyez quelles communes sont soumises à l'obligation et sous quel délai.
La logique vaut aussi à l'échelle intercommunale avec le PICS, dont l'articulation avec les PCS communaux mérite d'être testée au moins une fois. J'y reviens plus bas.
Quel type d'exercice choisir quand on a peu de temps ?
Pour une première fois ou une petite équipe, l'exercice sur table (ou « exercice cadre ») offre le meilleur rapport efficacité/effort. On réunit les membres de la cellule de crise autour d'une table, on leur présente une situation fictive, et on la fait évoluer par des messages successifs.
Aucun déploiement de terrain, aucun moyen mobilisé réellement : tout se joue sur les décisions et la circulation de l'information. Voici les grands formats, du plus léger au plus lourd.
| Format | Mise en œuvre | Ce qu'il permet de tester |
|---|---|---|
| Exercice sur table | En salle, 3 à 4 heures | L'organisation, les fiches réflexes (les consignes d'action par rôle) et les annuaires |
| Exercice de poste de commandement | Cellule de crise activée en conditions proches du réel, téléphones et outils compris | Le fonctionnement de la cellule, sans mobiliser le terrain |
| Exercice terrain | Déploiement réel : évacuation d'un quartier, ouverture d'un centre d'accueil | L'action sur le terrain ; plus coûteux à organiser, à réserver quand la base est solide |
Mon conseil : commencez par l'exercice sur table. Il met en lumière les mêmes défauts que les formats lourds (annuaires périmés, rôles flous, astreinte introuvable) pour une fraction de l'effort. Beaucoup de ces défauts rejoignent d'ailleurs les failles qu'on retrouve dans presque tous les PCS.
Comment construire un scénario réaliste ?
Un bon scénario part des risques réels de la commune, pas d'une catastrophe spectaculaire. Reprenez votre DICRIM (document d'information communal sur les risques majeurs) et le portail Géorisques pour identifier l'aléa le plus probable : crue, feu de forêt, accident de transport de matières dangereuses, tempête, rupture d'alimentation électrique.
Le scénario doit être crédible pour que les participants s'y investissent. Si votre DICRIM date un peu, c'est l'occasion de le relire : voici comment le rédiger et le tenir à jour sans y passer vos soirées. Trois ingrédients suffisent.
- Une situation de départ : date, heure, météo, lieu précis. Par exemple une montée des eaux annoncée pour la nuit, avec deux rues basses déjà sous surveillance.
- Un objectif pédagogique, c'est-à-dire ce que vous voulez vraiment tester. Alerter 40 foyers en moins d'une heure ? Ouvrir une salle d'accueil ? Joindre l'élu d'astreinte ?
- Des injections, autrement dit les messages qui font avancer l'histoire. Un habitant signale un sous-sol inondé, la préfecture passe en vigilance rouge, une route départementale est coupée.
Écrivez le scénario sur une page, et préparez 6 à 8 injections minutées. C'est suffisant pour remplir une demi-journée sans temps mort.
À quoi ressemble le déroulé d'une demi-journée ?
Un déroulé type tient en 4 heures, animé par une personne qui connaît le scénario mais ne participe pas à la décision : l'animateur. Son rôle consiste à lancer les injections, observer et noter tout ce qui coince. Près de deux heures sont consacrées à la gestion de crise simulée, et plus d'une heure au RETEX.
| Horaire | Phase | Ce qui se passe |
|---|---|---|
| 0h00 à 0h20 | Cadrage | L'animateur rappelle les règles : c'est un exercice, on travaille avec les vrais outils (annuaires, fiches réflexes, PCS), on parle à voix haute de ce qu'on fait. |
| 0h20 à 0h40 | Situation initiale | Lecture du scénario de départ. La cellule s'organise : qui prend quel rôle, qui note, qui alerte. |
| 0h40 à 2h30 | Montée en puissance | L'animateur distille les injections. Les participants décident, appellent (ou simulent les appels), remplissent la main courante. |
| 2h30 à 2h45 | Fin de l'exercice | On gèle la situation. On ne cherche pas à « terminer » la crise, on arrête quand les objectifs ont été testés. |
| 2h45 à 4h00 | RETEX à chaud | Le moment le plus important, détaillé juste après. |
Un détail qui change tout : tenez une main courante (le journal horodaté des événements et des décisions) dès la première minute, même sommaire. L'exercice révèle souvent qu'on oublie de tracer les décisions sous pression. Mieux vaut le découvrir maintenant.
Comment faire un RETEX qui sert vraiment ?
Le RETEX (retour d'expérience) transforme l'exercice en améliorations concrètes du plan. Sans lui, vous avez passé une demi-journée agréable sans rien corriger. La règle est simple : chaque problème constaté devient une action, avec un responsable et une date. Animez-le en trois questions, poste par poste.
- Qu'est-ce qui a bien fonctionné et qu'il faut garder ?
- Qu'est-ce qui a manqué ou coincé ?
- Qu'est-ce qu'on change dans le PCS, et qui s'en charge pour quand ?
Les constats les plus fréquents tiennent à des choses prosaïques : un numéro d'astreinte qui ne répond plus, une clé de la salle d'accueil introuvable, un rôle que personne ne savait devoir tenir.
Consignez chaque correction dans un compte rendu daté, puis reportez-la effectivement dans le plan. Un PCS qui évolue après chaque exercice reste vivant ; c'est aussi ce qui le maintient conforme à l'obligation de mise à jour. Si l'entretien de votre document vous pèse, un logiciel de PCS et de PICS permet de garder annuaires et fiches à jour sans tout reprendre à la main.
Et quand la crise dépasse les limites de la commune ?
Beaucoup d'événements ne s'arrêtent pas au panneau d'entrée du village : une crue concerne tout un bassin, une coupure électrique plusieurs communes. C'est là qu'intervient le PICS, le plan intercommunal de sauvegarde, qui mutualise les moyens à l'échelle de l'EPCI (établissement public de coopération intercommunale). Tester l'articulation PCS/PICS lors d'un exercice commun fait gagner un temps précieux le jour venu.
Pour comprendre ce que cela implique, voyez le fonctionnement du plan intercommunal de sauvegarde et l'échéance du 26 novembre 2026 pour les intercommunalités.
Pour une première année, ne visez pas trop large. Un exercice sur table bien mené, un RETEX honnête et trois corrections appliquées valent mieux qu'un exercice terrain ambitieux dont personne ne tire les leçons. Fixez la date du prochain dans la foulée : l'habitude vaut mieux que la performance.
Questions fréquentes
Tous les combien faut-il faire un exercice PCS ?
La loi Matras impose un exercice au moins tous les cinq ans, en parallèle d'une mise à jour du plan à la même fréquence minimale. Rien n'interdit d'en faire plus souvent : un exercice sur table léger chaque année garde les réflexes et les annuaires à jour sans surcharger les équipes.
Qui doit participer à l'exercice ?
Les membres de la cellule de crise communale : le maire ou son représentant, les adjoints concernés, le DGS ou le secrétaire de mairie, les responsables des moyens (techniques, accueil, communication). Invitez un observateur extérieur quand c'est possible. Un collègue d'une commune voisine ou un agent de l'intercommunalité apporte un regard neuf utile au RETEX.
Faut-il prévenir la préfecture ou les secours ?
Pour un exercice sur table interne, non : il se tient en autonomie. Dès que l'exercice simule des contacts réels avec le SDIS (service départemental d'incendie et de secours), la gendarmerie ou la préfecture, prévenez-les en amont pour éviter toute confusion avec une vraie alerte. Vous trouverez les cadres de référence sur le portail du ministère de l'Intérieur et sur service-public.fr.
Combien de temps pour préparer un premier exercice ?
Comptez une demi-journée de préparation pour écrire le scénario et les injections, réserver la salle et convoquer les participants. Si votre PCS est à jour, c'est suffisant. Si vous n'êtes pas sûr de vos annuaires, l'exercice lui-même vous le dira, et c'est précisément son intérêt. Besoin d'un cadrage ? Écrivez-nous.